Réussir bovins viande 26 mars 2010 à 14h59 | Par C. Delisle

Conduite d'élevage - Garder une bonne relation homme - animal

Pour obtenir un optimum dans cette relation, il faut se faire respecter de ses animaux tout en étant à leur écoute.

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Xavier Boivin, éthologiste à l'Inra de Theix. Les vaches aiment particulièrement les caresses sous le cou. Lorsqu'elles apprécient, elles tendent le cou et baissent les oreilles.
Xavier Boivin, éthologiste à l'Inra de Theix. Les vaches aiment particulièrement les caresses sous le cou. Lorsqu'elles apprécient, elles tendent le cou et baissent les oreilles. - © DR

"Comme disait Jean-Marie Chupin; aujourd'hui retraité de l’Institut de l’élevage, il faut être à la fois l’ami et le chef des animaux. L’homme doit, en effet, être respecté par son troupeau. Mais s’il ordonne à ses vaches d’avancer, ces dernières le feront seulement si elles ont également confiance en lui », explique Xavier Boivin éthologiste à l’Inra de Theix (Clermont- Ferrand). La relation entre l’homme et l’animal représente un véritable enjeu pour l’éleveur. Du point de vue de celui-ci, une interaction positive avec son troupeau, lui permettra de travailler en sécurité. Bien sûr, on peut adapter sa stratégie pour manipuler les animaux mais s’ils sont peureux, des accidents peuvent se produire. Par ailleurs, le temps de travail et le confort de travail s’en trouveront affectés. « La satisfaction de l’agriculteur est aussi un enjeu car il est toujours plus valorisant de montrer un troupeau calme, sachant qu’il est à l’image de l’éleveur. L’impact économique est également à prendre en considération. En effet, la peur et le stress de l’animal engendrés par des manipulations aversives de l’homme aboutissent à des conséquences sur la quantité et la qualité de la production (diminution de la croissance, problèmes de reproduction, santé…)», constate Xavier Boivin. Le dernier enjeu, si on se place du point de vue de l’animal, tient compte des questions de bien-être et de souffrances animales pour lesquelles le grand public porte de plus en plus d’intérêt (image de l’élevage).

Induire des interactions positives

La généralisation de la mécanisation et l’augmentation de la taille des troupeaux, ainsi que la vulgarisation des stabulations libres ont eu pour résultats une diminution du nombre d’interactions et du contact direct entre l’éleveur et ses animaux. « Les contacts aversifs stressants (fouille, insémination, interventions vétérinaires douloureuses…) sont importants, d’où une peur accrue des animaux face à l’homme, entraînant des réactions de fuite ou de défense. Il est donc nécessaire de rétablir un nombre d’interactions positives supérieures (distribution de l’alimentation, caresses, voix…) à celles négatives pour une bonne relation entre les deux parties et ainsi faciliter la manipulation », évoque Xavier Boivin. Les mouvements brusques, cris et coups de bâton sont bien entendu à éviter. Les équipements de contention adaptés, facilitant et sécurisant les interventions autant pour l’homme que pour les animaux sont recommandés. Il est par ailleurs intéressant d’habituer au préalable les animaux à passer dans les équipements de contention sans pour autant pratiquer d’intervention. Ils sont ainsi moins stressés au moment de celle-ci. « De la nourriture peut être distribuée juste après une intervention douloureuse en récompense. Il faut en outre changer son comportement au quotidien. Lors d’une réaction non souhaitée de l’animal, il faut essayer de comprendre pourquoi celui-ci a réagi ainsi avant d’agir. Par exemple, un animal se met de travers dans le couloir de contention. Au lieu de taper sur le dernier (non fautif) pour faire avancer l’animal en cause, il est plus judicieux de se rendre vers ce dernier et analyser la situation pour adapter la solution. » 

D’autres facteurs existent, tels que le caractère de l’animal et son environnement social. Le caractère de l’animal fait partie des critères génétiques. La réactivité à la manipulation est par exemple un trait de caractère, d’où une attention particulière aux caractéristiques des reproducteurs, certaines lignées étant plus agressives que d’autres. L’environnement social est le dernier facteur ayant une influence sur la relation de l’animal avec l’homme. Une étude réalisée à l’unité expérimentale de l’Inra des Mont d’Auvergne avec des vaches allaitantes et leurs veaux a montré que la relation qu’entretient la mère avec l’homme joue un rôle dans la future relation de celuici avec le jeune. Si la mère est docile, le comportement du jeune envers l’homme sera favorisé. « La mère est donc un élément déterminant dans la relation avec l’éleveur et bien entendu il ne faut pas hésiter à réformer une vache avec un mauvais caractère », précise le spécialiste. Le facteur « groupe » est aussi à prendre en compte. En effet, la peur se transmet au sein d’un troupeau, en particulier par l’odeur des urines, pouvant ainsi modifier les réactions des animaux et en entraîner des inattendues.

Périodes sensibles propices au contact

Cette relation entre l’éleveur et son troupeau se construit tout au long de la vie de l’animal. Cependant, des périodes dites « sensibles » ont été identifiées comme favorables pour entrer en contact avec les bovins : la mise bas, le jeune âge et le sevrage. En allaitants, la mise bas est un moment à utiliser avec précaution, l’approche pouvant s’avérer dangereuse quand il n’y a pas une case spécifique pour les veaux. La manipulation des veaux laitiers dans leur jeune âge (première semaine de vie) permet une meilleure familiarisation avec l’homme par la suite. En bovins viande par contre attention à la relation que la mère entretient avec l’éleveur. Mais, il faut absolument être présents auprès de ses animaux pour que le jeune comprenne que l’homme fait partie de son monde. « Dernière période : le sevrage, étape clé pour le veau. Souvent sous-estimé par l’éleveur, le sevrage représente le moment de la vie le plus stressant et le plus important. Il faut profiter de cette opportunité. Des études ont montré que non seulement les animaux apprennent plus vite juste après le sevrage mais aussi qu’ils mémorisent mieux et pour longtemps ce qu’ils ont appris durant cette période », conclut Xavier Boivin.

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