Réussir bovins viande 25 mai 2001 à 16h13 | Par Sophie Bourgeois

Conception d´un mélange prairial : la prairie multi-espèces ne s´improvise pas !

La prairie multi-espèces fait l´objet d´un regain d´intérêt en élevage allaitant. Les éléments de réflexion pour concevoir un mélange de trois à six espèces sont la connaissance de la biologie et la morphologie des espèces, ainsi que les expériences locales.

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Voici les conseils des techniciens du groupe Prairie de la région Pays de la Loire.
La conception d´un mélange prairial doit tenir compte du niveau de performances animales recherché, de l´utilisation probable de la prairie (pâture, fauche précoce, fauche à foin, mixte...) et du contexte agro-pédoclimatique. "Pour la pâture des animaux à hautes performances, on privilégie la valeur fourragère au détriment d´autres facteurs comme la robustesse(1) ou la pérennité de la prairie. Le mélange idéal est sans doute l´association RGA-TB avec éventuellement des espèces d´accompagnement dans des conditions pédoclimatiques particulières. Pour les vaches allaitantes, les génisses et les boufs, il est plus facile de trouver un bon compromis entre tous les facteurs pour réaliser une pâture multi-espèces", expliquent les techniciens du groupe Prairie des Pays de la Loire(2).
©S.B.

Prairie multi-espèces avec pieds de lotier
Plus le sol est fertile, plus il est difficile de maintenir un nombre d´espèces important dans la prairie.
Les plantes à plus fort pouvoir de compétition ont tendance à éliminer les plus faibles.

Concevoir un mélange d´espèces requiert une bonne connaissance de leur biologie et de leur morphologie. "On cherche à associer des espèces capables de vivre en harmonie qui peuvent jouer des rôles différents. Certaines assurent l´essentiel de la production fourragère, d´autres couvrent le sol, évitent le salissement..." Dans tous les cas, il est souhaitable d´avoir une vision évolutive de la prairie."On peut mettre parfois dans le mélange une petite proportion d´espèces de `début de vie´ de la prairie, appelées à disparaître dès la deuxième ou troisième année, mais garantissant une meilleure production la première année."
Mode de reproduction
Des espèces comme certains ray grass italiens, ray grass hybrides, trèfle violet, trèfle hybride peuvent jouer ce rôle à condition de trouver la bonne dose de semis pour profiter de leur apport sans pénaliser la vie de la prairie à l´âge adulte. Le mode de reproduction des espèces est un critère fondamental pour déterminer la robustesse d´une prairie. Les plantes à stolons ou à rhizomes recolonisent l´espace et garnissent les "trous" qui ne manquent jamais de se produire au cours de la vie d´une prairie. Les espèces à grenaison précoce ou très remontantes peuvent aussi recoloniser les trous. En bonnes conditions de nutrition, une espèce agressive fera disparaître plus ou moins rapidement une espèce faible alors qu´en conditions de nutrition insuffisante, toutes les espèces survivent.
Aptitude au pâturage
La résistance au piétinement des espèces caractérise leur aptitude au pâturage. "Combiné avec l´appétibilité en vert, ce critère permet d´évaluer le niveau d´ingestion des animaux au pâturage", estiment les techniciens.
Le classement des espèces selon leur appétibilité en foin serait différent. Notons que ce critère varie aussi au sein d´une espèce selon les variétés et selon l´habitude que les animaux ont de la consommer. Certaines espèces s´expriment bien à condition d´être implantées dans de bonnes terres (voir tableau : celles du haut de la colonne "potentiel du sol"), mais les espèces prairiales peuvent s´adapter à beaucoup de situations. A quelques nuances près : la luzerne et le sainfoin ne supportent pas l´hydromorphie et l´acidité, ce sont des espèces calcicoles de terrains bien drainés. Le dactyle et le brome ne supportent pas l´hydromorphie prolongée, contrairement à la fétuque élevée, la fétuque des prés, la fléole des prés et le lotier corniculé qui y résistent assez bien. Le ray grass anglais et la fétuque des prés, ou autres plantes de climat océanique, supportent assez mal les sécheresses et hautes températures alors que la fétuque élevée, le dactyle, le brome, la luzerne, le lotier corniculé, le pâturin des prés et même le brome s´en accommodent. Les mélanges sont toujours à définir et moduler en fonction du contexte de l´exploitation et des expériences locales. La dose de semis sera en général inférieure à 25 kilos par hectares.
"Pour la pâture d´animaux à besoins moyens à modestes, on peut associer deux légumineuses dont une au moins à port rampant, deux espèces de graminées dont une au moins à port gazonnant, une ou deux espèces "colonisatrices" (qui peuvent être une des espèces précédentes). Pour la fauche, on peut associer deux légumineuses de grande taille adaptées à la fauche, deux graminées hautes à port dressé, deux espèces (graminées ou légumineuses) plus tardives et à port plus couvrant qui peuvent réguler la valeur fourragère en cas de retard de fauche dû au climat." En cas de fauche précoce, s´assurer qu´au moins la moitié des composants du mélange ont une bonne capacité de séchage.

(1) Robustesse : capacité de la prairire à s´autoréguler en cas de stress (sécheresse, humidité excessive...).
(2) 1999. La prairie multi-espèces, Chambre d´agriculture des Pays de la Loire, Institut de l´élevage, ITCF.

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