Réussir bovins viande 06 décembre 2010 à 17h12 | Par S.Bourgeois

Complémentation - L'épeautre, une céréale qui n'apporte pas que de l'énergie

Par la présence des enveloppes du grain riches en cellulose, l’épeautre est utile en engraissement pour sécuriser la ration. Il facilite aussi la mise en place de la rumination des petits veaux.

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L’intérêt de l’épeautre en alimentation du troupeau allaitant tient à la présence des glumes.
L’intérêt de l’épeautre en alimentation du troupeau allaitant tient à la présence des glumes. - © DR

L’épeautre ? Mieux qu’une céréale ! estime Daniel Platel, de la chambre d’agriculture de la Somme. Apporter de l’énergie dans une ration, les céréales classiques ou la pulpe sèche de betterave le font très bien. L’intérêt de l’épeautre en alimentation du troupeau allaitant tient en fait aux enveloppes du grain qui excitent les villosités du rumen et à une cellulose propice à la digestion. « L’épeautre participe à la sécurisation d’une ration d’engraissement, en réduisant le risque d’acidose. » Un kilo d’épeautre, c’est 300 grammes de paille consommée. Son côté rugueux favorise la salivation qui tamponne les rations riches en amidon rapidement fermentescibles. « L’autre intérêt de l’épeautre concerne les petits veaux. Distribuée entière tant que le lait entre dans leur alimentation, cette céréale a l’avantage de favoriser le développement du phénomène de rumination. » Le grain dans ses enveloppes est attaqué par l’acide lactique du lait. De plus, son emballage de cellulose donne du volume et freine sa migration dans l’appareil digestif. Il est donc possible et même utile de distribuer le grain non aplati aux petits veaux. Par contre, il est conseillé de l’aplatir pour le distribuer aux bovins âgés de plus de quatre mois. Certains éleveurs le distribuent non aplati pour des adultes. « Il s’agit en fait pour chacun de faire la balance entre le coût de l’aplatissage, qui peut représenter jusqu’à 30 euros par tonne et une perte de valorisation par les animaux quand l’épeautre n’est pas aplati », explique Daniel Platel. L’épeautre est l’ancêtre du blé. C’est une espèce destinée à la panification et à l’alimentation animale. L’institut de Gembloux en Belgique a commencé à travailler sur cette céréale à partir des années 80. Il sélectionne et inscrit des variétés destinées à l’alimentation animale. La recherche sur cette espèce se fait aussi en Suisse et en Allemagne. En France, des variétés sont proposées, notamment, par le semencier Sem-Partners. On peut aussi facilement produire une semence fermière, les grains sont semés enveloppés.


RUSTIQUE ET PEU EXIGEANT


Avant les années 2000, l’épeautre était souvent cantonné à des sols à faible potentiel, d’où sa réputation de faible rendement. Mais 80 quintaux et plus sont couramment obtenus avec de nouvelles variétés en bonnes conditions de sol selon le semencier Sem-Partners. L’épeautre permet aussi de donner des résultats intéressants sur sols pauvres car ses besoins en éléments fertilisants sont faibles par rapport à un blé (de 1,6 à 2 kilos d’azote par quintal contre 2,5 à 3 unités par quintal pour le blé) selon le Grapea 85. Il est très bien adapté aux zones froides et humides. Les modalités de semis sont les mêmes que celles du blé, sachant que les semis « clairs » permettent d’atteindre une production élevée. L’enveloppe protège bien le grain contre les maladies et les insectes. L’épeautre présente une très bonne résistance à la fusariose des épis. Un seul fongicide suffira dans la grande majorité des cas et on peut même vraisemblablement s’en passer assez souvent. Par contre, attention à la verse. C’est une grande céréale, qui atteint en moyenne 1,20 mètre. La densité de semis, la fertilisation azotée et le choix de la variété permettent de réduire le risque mais l’utilisation d’un raccourcisseur est bien souvent nécessaire. Le désherbage, a priori similaire à celui du blé, peut être réduit compte tenu du port étalé et de la très bonne couverture du sol par la plante. Pour bien le récolter en épillets entiers, il faut régler soigneusement la moissonneuse (réduire la vitesse du batteur, ouvrir le contre-batteur et réduire la ventilation) et ne pas travailler en conditions trop sèches, selon Sem- Partners.


UN GROS VOLUME DE STOCKAGE


Il faut prévoir l’importance du volume à stocker : environ le double de celui d’un blé compte tenu de la présence des enveloppes du grain. La valeur alimentaire de l’épeautre est un peu inférieure à celle des autres céréales. « Une analyse a donné une valeur de 0,85 UFL et 0,82 UFV contre 1,02 pour le blé et le triticale, et 12,7 % de cellulose brute contre 2,2 % pour le blé », note Daniel Platel. L’épeautre est par contre plus riche en phosphore et en vitamine A que le blé. La quantité de paille récoltée est supérieure à celle d’un blé, un peu comme pour un triticale. C’est une paille très longue, fine et creuse.

La chambre d’agriculture de la Somme a édité en juillet 2010 une brochure de quatre pages sur la culture de l’épeautre (variété, densité de semis, fertilisation, désherbage, récolte, stockage, ...) et son utilisation en alimentation des bovins avec plusieurs témoignages d’éleveurs. disponible sur http://www.chambres- agriculturepicardie. fr/productions/productions- de-viande.html

Jean-Michel Murezau. L’épeautre non aplati
constitue la seule complémentation distribuée aux mâles et aux femelles sous la mère.
Jean-Michel Murezau. L’épeautre non aplati constitue la seule complémentation distribuée aux mâles et aux femelles sous la mère. - © S. Bourgeois

En Vendée, de l'épeautre pour faire ruminer les petits veaux


Jean-Michel Murzeau, installé à Chambretaud à l’EARL La Saint Frère en Vendée, élève 70 mères charolaises et leur suite. Il cultive depuis quatre ans de l’épeautre sur 2 à 4 hectares et s’en trouve très satisfait. S’il récolte entre 50 et 60 quintaux par hectare, alors qu’en blé avec une conduite similaire, il table plutôt sur 60 à 70 quintaux, cette céréale n’en est pas moins très intéressante pour l’éleveur. « Cela me fournit une complémentation pour les veaux sous la mère très économique."


Depuis qu’il cultive de l’épeautre, Jean-Michel Murzeau n’achète plus d’aliment pour cette catégorie d’animaux. Mâles et femelles ne reçoivent rien d’autre que de l’épeautre non aplati avant le sevrage, en complément d’herbe de qualité ou de foin, et s’en portent très bien. « Je le distribue pratiquement à volonté au nourrisseur, et la consommation peut monter à 2 ou 3 kilos par jour pour les plus gros veaux. » L’éleveur en distribue aussi à raison de 1 kilo par jour aux jeunes bovins, là aussi non aplati. « À cette dose, je n’observe pas de problème de mauvaise valorisation. » Les veaux rentrés début novembre reçoivent une ration mélangée à base d’ensilage de maïs avec 1 kilo de foin, 2 kilos de correcteur azoté, 2 kilos de maïs grain humide, 1 kilo de blé et 1 kilo d’épeautre. Une ration qui carbure avec des performances moyennes de 1700 grammes par jour. « Les jeunes bovins partent en moyenne à 16 mois en donnant 435 kilos de carcasse. " L’éleveur utilise de la semence fermière et installe l’épeautre derrière un maïs ou une prairie, en semant à 120 kg à l’hectare. Il apporte 70 à 80 unités d’azote en une fois, pratique un désherbage au printemps et applique un fongicide (à mi-dose). Il n’a pas systématiquement recours à un raccourcisseur et n’a pas observé de verse importante. « Je récolte avec l’épeautre environ 4 à 5 tonnes de paille par hectare, qui entre dans la ration complète des animaux. »

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