Réussir bovins viande 01 avril 2002 à 08h33 | Par Sophie Bourgeois

Bovins Viande - Des boufs charolaisde 34 mois bien valorisés

Dans la Somme, Janine et Jean Dacheux valorisent leurs vingt hectares de prairies naturelles avec un troupeau Charolais de trente mères. Quatre vingt dix autres hectares sont consacrés aux cultures.

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L´élevage de Janine et Jean Dacheux se situe à Caumartin sur la commune de Crécy-en-Ponthieu, dans la Somme. En bordure du Marquenterre, cette petite région se caractérise par des sols sableux favorables à la culture de carottes, endives ou salsifis et des terres à betteraves et pommes de terre. Janine et Jean Dacheux ont fait le choix, quand des primes de cessation laitière leur ont permis d´arrêter le lait il y a vingt ans, de remplacer leur troupeau normand par un troupeau charolais pour continuer à exploiter leurs prairies. « Pour continuer à produire du lait, il aurait fallu investir dans des installations de traite. Nous avons préféré nous lancer dans l´élevage allaitant expliquent les éleveurs. Nous faisions déjà naître à l´époque des veaux croisés charolais issus d´insémination sur les Normandes. » Ils ont continué les croisements en absorption vers le Charolais. « Au début les vaches pouvaient allaiter deux veaux chacune. » Partis d´une dizaine de génisses nées sur l´exploitation, ils ont monté un troupeau d´une trentaine de mères et ont continué de produire des boufs comme du temps du système normand. Une parcelle de prairie de six hectares est éloignée d´une vingtaine de kilomètres du siège de l´exploitation et il est bien pratique d´y faire pâturer des boufs âgés d´un an et de deux ans. Située dans la vallée de la Somme, cette prairie a été innondée d´une façon exceptionnelle au printemps 2001 et les animaux n´ont pu y être lâchés qu´en été.

Prairies naturelles uniquement pâturées en continu
Les 3 autres parcelles de prairies naturelles, de 5 ha chacune environ, sont toutes proches des bâtiments. Elles sont réservées à 2 lots de vaches suitées et un lot de génisses. Janine et Jean D. ne font pas de foin sur les prairies naturelles. Elles sont uniquement exploitées en pâturage continu, à partir de la mi-avril environ jusqu´à la mi-novembre. Le chargement y est de 44 ares /UGB pour les lots de vaches et de 31 ares /UGB pour les génisses et les boufs. « Les prairies reçoivent un engrais complet en fin d´hiver qui apporte soixante cinq unités d´azote, et d´autres apports d´azote sont faits si besoin plus tard en saison », explique Jean Dacheux. Elles sont hersées en fin d´hiver et les chardons sont traités 2 fois /an. Un nourrisseur contenant un mélange d´avoine aplatie, de pulpe de betterave sèche et de tourteau de soja est mis à disposition des veaux. « Ils ne commencent à manger qu´en juillet - août. » En octobre et novembre, de la paille est apportée dans les parcelles pour compléter l´herbe.
©S.Bourgeois

Les boufs ont été vendus en moyenne 19,93 F (3,04 euros) pour 418 kg de carcasse de moyenne en 2001

Janine et Jean D. cultivent 2 ha de luzerne, implantés dans les parcelles voisines des prairies et resemés tous les deux ans. Il y est fait deux coupes de foin puis la parcelle est ouverte aux animaux qui y pâturent en fin de saison. « La luzerne est un très bon précédent pour un blé. » Depuis que le troupeau allaitant a été constitué, les éleveurs produisent aussi du maïs ensilage. Pour la dernière récolte par exemple, deux hectares ont rendu 14,5 tonnes de MS /ha. Le maïs associé à des pulpes de betterave constituent la ration de base de toutes les catégories d´animaux.
Les veaux mâles, castrés à la pince, à l´âge de quatre mois
Les vaches gestantes reçoivent l´hiver 2 kg de MS d´ensilage de maïs, 2,5 kg de MS de pulpes, 2,5 kg de MS de paille de pois et 0,2 kg de soja. Pour les vaches vêlées, la paille de pois est remplacée par du foin de luzerne et la quantité de soja monte à 0,6 kg.
Janine et Jean Dacheux disposent d´un quota de betteraves sucrières et récupèrent les pulpes sous trois formes différentes. Après la récolte, ils utilisent des pulpes humides qui se conservent jusqu´à six semaines. Ensuite, ils ont recours à des pulpes surpressées et réservent l´emploi de pulpes sèches pour l´été. Les cultures de vente occupent 88 hectares et se répartissent entre céréales, betteraves sucrières, lin textile et pois. « Plus leur teneur en matière sèche est élevée, plus le prix ramené au kilo de matière sèche est élevé » . Les vêlages commencent en septembre avec les génisses et sont étalés jusqu´en mars. Les veaux mâles sont castrés à la pince, à l´âge de quatre mois. Le sevrage intervient en trois fois quand les veaux atteignent à peu près l´âge de huit mois. Mâles et femelles sont élevés ensemble jusqu´à la mise à la reproduction des femelles vers vingt-quatre mois. Les génisses non conservées pour la reproduction sont engraissées (taux de renouvellement de 25 %).
Jean étant retraité, c´est Janine qui est chef d´exploitation actuellement. Ils travaillent avec un salarié qui a cinquante-six ans et leur fils Eric, âgé de vingt-six ans, est aide- familial. Pour l´instant le troupeau est logé dans des anciens bâtiments aménagés au coup par coup. Ceux-ci ne sont pas pratiques pour distribuer l´alimentation et l´eau. Ils ont cependant l´avantage d´assurer une bonne ambiance. L´évolution à venir de l´exploitation et la place qu´y occupera le troupeau, décideront si les éleveurs investiront dans un bâtiment.

chiffres clés
 SAU : 112 hectares dont 23,5 SFP et 88,3 de cultures
 Main-d´ouvre : 3 UMO dont un salarié
 Troupeau Charolais avec trente vêlages, production de boeufs de 34 mois
 30 PMTVA

Avis d´expert: Dominique Depresle, animateur du Réseau d´élevage viande bovine dans la Somme
« Une marge brute de 1 037euros par hectare SFP »
« La valorisation des boufs a été en 2001 juste un peu moins bonne qu´en 2000 : ils ont été vendus à 3,04 euros (19,93 francs) contre 3,09 euros (20,26 francs) l´an dernier. Avec l´augmentation des primes, le résultat sur l´année 2001 est bon. Cette exploitation a gardé un système relativement traditionnel mais bien optimisé. Les prairies ont été conservées avec pour certaine la proximité d´une rivière, ce qui participe à la protection de l´environnement (pas de recours aux engrais et produits phytosanitaires en bordure de rivière). L´engraissement des boufs et des génisses permet de valoriser les co-produits disponibles dans la région, ici les pulpes de betteraves. Que deviendraient ces co-produits sans les animaux pour les valoriser ?
Les ressources fourragères sont assez bien valorisées. Le point faible de l´élevage est la fécondité, avec un intervalle vêlage-vêlage moyen de 394 jours. Un problème viral sur les veaux a causé d´autre part, sur l´exercice, une mortalité exceptionnelle. »
Vaches suitées ©S.B.

Le troupeau de trente mères est logé dans d´anciens bâtiments réaménagés.
Maternité ©S.B.

La maternité est installée dans une ancienne étable entravée.

Bonne valorisation sous la marque « Paysans Picards »
Les boufs élevés par Jean et Janine Dacheux sont vendus sous la marque « Paysans Picards » en boucherie traditionnelle. Cette filière a été créée en 1996 par l´association des Eleveurs du pays de Somme (ADPA 80) et en 2001, 240 boufs et 300 génisses y ont été commercialisés. « Les animaux, nés dans des élevages référencés pour les Bonnes pratiques d´élevage, sont inscrits à l´association avant leur finition », explique David Delavenne, animateur de la filière. « Ils sont ensuite vendus à un négociant agréé pour la marque, les prix des animaux étant fixés librement entre l´éleveur et lui sachant que nous recommandons de pratiquer des prix supérieurs de 1 franc au cours des marchés de la région Nord-Picardie. » Le cahier des charges exclut l´ensilage de maïs et les pommes de terre dans les quatre derniers mois. Sur les cent derniers jours de finition, les animaux doivent recevoir un aliment spécialement formulé pour « Paysans Picards » et composé de tourteau de lin expeller d´origine régionale, de luzerne déshydratée et de céréales.
« Ceci nous permet d´avoir une meilleure homogénéité des carcasses notamment en ce qui concerne leur couleur. Une certification est en cours pour pouvoir informer précisément le consommateur sur l´alimentation des animaux », explique David Delavenne. Environ 50 % des animaux vendus sont de race charolaise, 30 % de race blonde, et les autres de diverses races allaitantes.

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