Réussir bovins viande 21 octobre 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Sophie Bourgeois

« Au moins deux ans de négociations avant le Brexit » estime Rémi Fourrier, de AHDB France

Pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, une période de deux ans de négociations s’ouvrira en 2017. D’ici là, les échanges commerciaux se poursuivront comme d’habitude, faute de savoir ce qui changera sur le long terme. Analyse de Rémi Fourrier (1), de AHDB France, le bureau britannique de développement agricole et horticole.

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Rémi Fourrier : " Une désorganisation des flux commerciaux n’est jamais bonne pour les marchés ".
Rémi Fourrier : " Une désorganisation des flux commerciaux n’est jamais bonne pour les marchés ". - © AHDB

Comment va se dérouler la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ?

Rémi Fourrier - « Brexit is brexit » a signifié Theresa May, Première ministre britannique. Il n’y aura pas de retour en arrière. Le Royaume-Uni va activer l’article 50, une clause de retrait introduite dans le Traité de Lisbonne n’ayant encore jamais été mise en œuvre. Le déclenchement de l’article 50 pourrait ne pas intervenir avant le printemps 2017. Suivra une période de deux ans au terme de laquelle les négociations devront avoir abouti. C’est un énorme chantier en perspective. Les experts qui vont mener les négociations ne sont pas encore nommés. Les dossiers agricoles, et celui de la viande bovine en particulier, seront-ils une priorité ? Même les enjeux économiques en général paraissent nettement moins délicats que les enjeux sociétaux du Brexit.

Comment les éleveurs vont-ils vivre cette période de transition qui se profile ?

R. F. - Le gouvernement s’est engagé à maintenir un niveau de soutien équivalent à celui d’aujourd’hui jusqu’en 2020. C’est une échéance très courte pour les éleveurs qui souhaitent pouvoir faire des projets. La moitié des éleveurs pense que leur situation va s’améliorer avec le Brexit, et l’autre moitié pense au contraire qu’elle va se détériorer. La dévaluation de la livre est certes favorable aux éleveurs qui exportent (les éleveurs d’ovins), mais cela n’a pas d’effet bien net sur leurs revenus. Tous s’accordent à espérer s’affranchir de la lourdeur administrative de la réglementation de l’Union européenne.

Faute de savoir ce qui va se passer, on travaille comme d’habitude. À ceci près que l’incertitude change sensiblement les mentalités.

Notre organisation a pour rôle d’assister la filière. Mais, par exemple, pourrons-nous piloter en 2019, comme il était prévu, la campagne européenne de promotion de l’agneau qui était une initiative de notre part ? Probablement pas.

Quels types de relation pourraient voir le jour entre le Royaume-Uni et le reste de l’Europe ?

R. F. - On parle de s’inspirer du modèle norvégien et/ou du modèle suisse. C’est très confus pour l’instant. Il est vraiment impossible aujourd’hui de savoir à quoi vont aboutir les accords qui seront conclus.

L’idée est cependant de tout faire pour aboutir à des échanges restant aussi près que possible de ceux d’aujourd’hui. Car une désorganisation des flux commerciaux n’est jamais bonne pour les marchés. Et peut-être que des perspectives d’accord vont s’ouvrir avec les USA, le Canada, l’Australie.

Il est certain aussi que le Brexit donnera plus de place à l’influence française dans les instances européennes.

Un effet domino est-il à craindre sur le marché français ou sur nos marchés cibles par rapport aux importations anglaises de vaches irlandaises ?

R. F. - Les deux tiers des importations de viande bovine au Royaume-Uni proviennent aujourd’hui d’Irlande. Ce flux a un rôle très important dans l’équilibre européen des échanges de viande bovine. Les intérêts industriels autour de ce flux sont partagés entre le Royaume-Uni et l’Irlande. Même si les industriels irlandais cherchent à se développer en Europe continentale, les liens sont très forts avec le Royaume-Uni. C’est la raison pour laquelle nous ne pensons pas que la situation change beaucoup avec le Brexit. En tous cas, il n’y aura pas de révolution, les flux devraient grosso modo rester les mêmes .

(1) Rémi Fourrier est responsable viande pour la France de AHDB (Agriculture and Horticulture Development Board), regroupement interprofessionnel britannique avec une branche commerciale.

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