Réussir bovins viande 15 octobre 2009 à 15h06 | Par C. Delisle

A l'EARL Roetynck, dans le Nord - La génétique au service de l'atelier de vente directe

L’objectif de Ludovic et Marie Andrée Roetynck est de produire des kilos de carcasse en obtenant un veau par an et par vache afin de les valoriser en vente directe.

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Ludovic, André et Marie-Andrée Roetynck. "Toutes nos bêtes sont élevées pour être valorisées en vente directe, supprimant ainsi les intermédiaires."
Ludovic, André et Marie-Andrée Roetynck. "Toutes nos bêtes sont élevées pour être valorisées en vente directe, supprimant ainsi les intermédiaires." - © C. Delisle

A Vieux Berquin dans les Flandres, l’exploitation de Marie Andrée Roetynck et de son frère Ludovic se situe dans une région de polyculture (céréales, pommes de terre, betteraves). Ils se sont associés le premier novembre 2008 pour former l’EARL Roetynck. Ils ont repris l’exploitation de leur père André, toujours présent quand il s’agit de fournir des conseils. « Lors de mon installation en 1976, j’ai repris une exploitation laitière, mais mon but était de la transformer en une exploitation allaitante.Au départ j’ai acheté un taureau Blanc Bleu que j’ai croisé avec les vaches laitières (Holstein). Dans les années 90, je me suis lancé dans l’achat d’embryons, rentable à l’époque pour monter rapidement un troupeau avec une bonne génétique et l’agrandir. Les animaux avec un bon potentiel étaient d’ailleurs difficiles à trouver. Aujourd’hui, nous travaillons avec un troupeau pur Blanc Bleu », explique André Roetynck.

Conduite en lots

Les animaux sont conduits en cinq bandes. « Nous avons choisi de travailler en lots pour répartir au mieux le travail sur toute l’année. Cela nous permet aussi d’obtenir des veaux plus homogènes et de les sevrer tous en même temps. Nous travaillons en 100 % IA et en vêlage 2 ans », explique Marie Andrée Roetynck. Les inséminations sont réalisées en janvier, mars, mai, juin et juillet-août afin de ne pas avoir de vêlage l’été. La gestation moyenne des animaux du troupeau de l’IA à la mise-bas dure 9 mois et 7 jours, toutes les mises-bas se font par césarienne (115 €/ animal). Une semaine avant terme, la vache est bloquée au cornadis matin et soir, pour prendre sa température. Si celle du matin a baissé par rapport à la veille au matin et que celle du soir a aussi diminué par rapport à la veille au soir (la température du matin et du soir étant différente), la vache est alors prête à vêler. « On l’isole dans le local à césarienne et on appelle le vétérinaire. Les veaux sont séparés de leurs mères tout de suite après la naissance et sont transférés dans le bâtiment qui leur est réservé. Leurs mères sont traites durant les trois premiers jours après la naissance, le temps que les veaux ingèrent le colostrum. On les nourrit ensuite deux fois par jour, au seau avec de la poudre de lait et du maïs floconné. Les veaux sont sevrés entre 2 mois et demi et 3 mois. La date dépend de leur capacité à ingérer le maïs floconné. Lorsqu’ils peuvent en consommer trois kilos, le sevrage est pratiqué », ajoute Marie Andrée Roetynck. À l’âge de 8 mois, les femelles et les mâles sont séparés et logés dans un bâtiment différent. Après le vêlage, les femelles sont alimentées qu’avec de la paille durant une semaine pour arrêter la production de lait.

Vaches réformées à quatre ans

« Jusqu’à présent nous avions environ 50 vêlages par an mais pour l’année en cours notre objectif est d’en obtenir 75. Chaque lot doit donc donner un minimum de 15 veaux. Vingt femelles sont mises à la reproduction par bande pour être sûr de respecter ce chiffre, notre but étant de produire des animaux régulièrement pour la boucherie. Un mois après l’insémination, on réalise une échographie. Les vaches qui ne sont pas pleines intègrent alors le lot suivant », explique Marie Andrée Roetynck. Aujourd’hui, la transplantation est toujours utilisée sur l’exploitation mais de manière occasionnelle. S’ils se rendent compte qu’ils n’auront pas 15 vêlages par lot, des femelles receveuses seront alors achetées. Elles peuvent être de différentes races : holstein, limousine… Elles sont vendues directement après le vêlage à des exploitants de la région. Cette année aucune transplantation n’a eu lieu car 15 génisses Blanc Bleu pleines ont été achetées. Les vaches âgées n’existent pas à l’EARL Roetynck. Les femelles nées sur l’exploitation donnent deux veaux puis sont engraissées et abattues à l’âge de 4 ans. Une génisse restant vide après plusieurs IA est alors directement engraissée jusqu’à 30 — 32 mois. Durant la gestation, l’alimentation des femelles est adaptée. Elles sont nourries à l’auge tout au long de l’année avec 10 kilos de maïs ensilage et de 1,5 kilo de concentré.

Finition

Les veaux nés sur l’exploitation sont engraissés pour être valorisés sur l’atelier de transformation vente présent sur l’exploitation (voir page suivante). Pendant la phase de finition, les animaux sont plus poussés, la ration est donc adaptée. Celle-ci est alors identique pour les mâles et femelles. Elle se compose de 10 à 12 kg de maïs ensilage, de trois kilos de concentrés (protéines) et de trois kilos de pulpe ou de blé (en fonction de la conjoncture). La finition des femelles débute dès la fin de la deuxième gestation et dure 2 à 3 mois. Les boeufs sont élevés et abattus entre 30 et 32 mois. L’alimentation est approximativement la même tout au long de l’engraissement.

Le magasin situé à la ferme
Le magasin situé à la ferme - © C. Delisle

Cinq bêtes par mois en vente directe pour 2009

Cent pour cent des animaux nés sur l’exploitation, à l’exception de quelques reproducteurs, sont destinés à être transformés dans l’atelier de découpe créé par André Roetynck en 2001. « Je voulais supprimer les intermédiaires et finir mon produit quand j’ai décidé de lancer cette activité de transformation-vente à la ferme. » La SARL créée pour cette activité comprend trois bouchers et une comptable, dont Ludovic Roetynck, boucher de formation. « Au fil des années, j’ai amélioré la valeur du troupeau pour proposer une viande de qualité. Celle de Blanc Bleu répond très bien à la demande du consommateur de par sa tendreté et sa qualité diététique (viande maigre). Un seul inconvénient peut être éventuellement cité: l’animal ne peut pas être abattu trop jeune car sa viande est pâle, il faut attendre qu’elle soit à maturité. » Les mâles sont donc abattus entre 30 et 32 mois pour un poids de carcasse entre 500 et 520 kg. Pour les femelles, l’âge idéal se situe aux alentours de 4 ans après avoir donné deux veaux, pour un poids de carcasse atteignant les 500 kg. Les animaux de l’exploitation donne un rendement carcasse moyen de 72 %. Chaque mois 5 bêtes sont transformées et vendues soit 1,5 animal par semaine. La SARL achète 5,50 €/ kg de carcasse les animaux à l’EARL.

Plusieurs points de vente

« L’exploitation dispose de plusieurs lieux de vente : le magasin présent sur l’exploitation (40 % des ventes), un magasin situé à quelques kilomètres, dans la ville de Strazeele et des dépôts vente (60 % des ventes pour les deux).Le magasin de Strazeele est en association avec deux autres producteurs : un producteur laitier et un aubergiste. Cela nous permet ainsi de diversifier nos produits et de proposer toute une gamme de produits laitiers (fromage, beurre, yaourt…), de plats cuisinés (soupes, pâté de campagne…), de viande et de produits régionaux tels que bière, fruits et légumes frais, oeufs… » La viande est vendue sous vide permettant ainsi une meilleure conservation des produits.On peut trouver de la viande en détail ou des colis de 10 kg vendus 10, 50 €/kg, composés de 4 kg de bas morceaux (jarret, pot au feu, carbonade et steak haché) et de 6 kg de beaux morceaux (rosbif, entrecôte, beefsteak). Pour amortir l’investissement réalisé, la SARL propose par ailleurs du travail de découpe en prestations. Actuellement, elle réalise de la découpe pour quatre autres producteurs, chacun ayant sa journée dans la semaine. 

Ce mâle de 18 mois, fils d’Urbine et d’Empire sera présenté à l’édition 2010 du salon de l’agriculture à Paris.
Ce mâle de 18 mois, fils d’Urbine et d’Empire sera présenté à l’édition 2010 du salon de l’agriculture à Paris. - © C. Delisle

Des animaux avec un fort potentiel génétique

Les femelles recevant des embryons Blanc Bleu peuvent être de différentes races : Holsteins, Limousines, Blondes d’Aquitaine, Charolaises… Elles sont ensuite vendues à l’extérieur de l’élevage. Les laitières partent le lendemain du vêlage pour être traite. « La ration de ces vaches est adaptée. Les receveuses ont une alimentation composée de pâture et de paille l’été, de paille, de foin et d’enrubannage l’hiver. Pour une bonne transplantation, les animaux ne doivent pas être trop gras. »

Urbine, fille de Lasso et Brutal, a été sacrée championne au Salon international de l’agriculture en 2007. Cette femelle de 6 ans est gardée sur l’exploitation pour effectuer une carrière de reproductrice par transplantation embryonnaire. Depuis 1993, André Roetynck participe aux concours régionaux même nationaux comme au SIA à Paris, où il a déjà remporté de nombreux prix.

 

 Jean Noël Lemaire, inséminateur et conseiller en suivi de reproduction de Gènes Diffusion.

« On ne peut pas faire plus technique en race Blanc Bleu »

« André Roetynck s’est toujours investi dans la génétique. Il a commencé par des achats d’embryons en 1988 et a débuté ses premières transplantations embryonnaires en 1990. Cette technique lui a permis de gagner 20 ans en génétique. Toute l’organisation de l’exploitation tourne autour de l’atelier de transformation-vente. L’élevage doit continuellement fournir des animaux de qualité pour faire tourner la boucherie. Il faut donc être très sérieux et technique au niveau de l’élevage. André Roetynck recherche la qualité cularde car il a besoin de quartiers nobles. Trois critères sont recherchés : l’animal doit être large dans l’avant-main, long et d’excellente musculature en conservant la taille. Depuis 4 ans, l’exploitation réalise des échographies tous les deux mois à 30 jours de gestation. Cela permet de ne pas perdre de temps en détectant rapidement les vaches vides et en les resynchronisant. Le fait aussi de nourrir les veaux au seau plutôt qu’au pis permet d’avoir des vaches qui reviennent très vite en chaleur et des veaux sevrés à 2 mois. Soixante jours après le vêlage, les vaches sont remises à la production. »

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