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Cadmium : les teneurs mesurées en céréales et pommes de terre sont dans les normes et stables depuis 15 ans

La présence du cadmium dans l’alimentation fait l’objet d’une surveillance rapprochée par les filières céréales et pommes de terre depuis plus de 15 ans. Les résultats montrent un respect des seuils réglementaires et une stabilité des teneurs dans le temps.

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Les données de la filière céréales depuis 25 ans montrent que les teneurs en cadmium n’augmentent pas en blé tendre et baissent en blé dur.
© Pixabay

Publiée en janvier 2026, une étude menée par l’Anses montre l’augmentation de l’imprégnation en cadmium de la population française, adultes comme enfants, par rapport à la précédente étude datée de 2011. L’agence pointe du doigt l’alimentation comme source majeure d’exposition, « représentant jusqu’à 98 % de l’imprégnation dans la population non fumeuse ».

Si l’imprégnation de la population est incontestable, l’origine de cette situation interroge les responsables des filières agricoles : d’après les chiffres de l’institut technique Arvalis, les seuils maximaux réglementaires sont respectés et stables depuis 2004.

Le cadmium fait-il l’objet d’un suivi particulier ?

La présence du cadmium fait l’objet d’un suivi par les filières (Intercéréales et le CNIPT, interprofession de la pomme de terre), les pouvoirs publics (FranceAgriMer) et Arvalis depuis plus de 15 ans. Pour la filière céréales, ce suivi s’inscrit dans le plan de surveillance de la filière (PSF) qui existe depuis le début les années 2000. Chaque année, il repose sur des prélèvements et des analyses d’échantillons de récoltes. Par exemple pour le blé tendre en 2024, les données obtenues pour le cadmium reposent sur 3 164 échantillons analysés, d’après Intercéréales. En pommes de terre, pour le marché du frais (rayon fruits et légumes), les échantillons prélevés en magasin sont analysés par des laboratoires certifiés et indépendants.

Quelles sont les teneurs en cadmium mesurées sur céréales et pommes de terre ?

Des teneurs en cadmium bien en deçà des limites réglementaires en blé tendre

En blé tendre, la teneur moyenne pluriannuelle s’établit à 0,033 mg/kg de cadmium dans le grain, soit plus de trois fois moins que la limite réglementaire en vigueur pour l’alimentation humaine fixée à 0,10 mg/kg blé. Les teneurs moyennes annuelles sont par ailleurs stables depuis 2004. Si l’on fait un focus sur la farine, la teneur s’élève à 0,022 mg de cadmium par kilo.

Une baisse de 50 % de la teneur en cadmium sur 10 ans en blé dur

En blé dur, c’est une baisse de la teneur en cadmium de près de 50 % qui est enregistrée depuis 10 ans. Celles-ci sont inférieures à la norme en vigueur de 0,18 mg/kg (700 échantillons en 2024). Ce résultat s’explique par la sélection de variétés de blé dur moins accumulatrices de cadmium.

Des teneurs en cadmium stables depuis 15 ans en pommes de terre

En pomme de terre, les teneurs moyennes en cadmium mesurées chaque année sont stables depuis 15 ans, avec une valeur moyenne pluriannuelle de 0,026 mg/kg, soit plus de trois fois moins que la limite réglementaire en vigueur.

D’où provient le cadmium dans les sols français ?

Arvalis et Inrae rappellent que « la présence de cadmium dans les sols est avant tout un phénomène naturel issu de la dégradation de la roche mère ». Les activités humaines contribuent néanmoins à augmenter les teneurs. Les retombées atmosphériques liées aux pollutions industrielles passées, qui n’existent plus aujourd’hui, ont contribué au phénomène. En agriculture, c’est l’utilisation d’engrais phosphatés qui est pointée du doigt. Le Maroc est le principal fournisseur en engrais phosphatés de la France. Les sols marocains où sont extraites les roches pour fabriquer ces engrais se caractérisent par des taux élevés de cadmium. Toutefois, en prévision d’une évolution réglementaire en Europe, le groupe marocain OCP a mis au point un procédé de « décadmiation ». Il a annoncé en juin 2025 être en mesure de fournir des engrais phosphatés contenant moins de 20 mg/kg de cadmium.

L’abaissement des seuils réglementaires de teneur en cadmium des engrais phosphatés va-t-il être efficace ?

L’apport de cadmium par les engrais phosphatés représente annuellement moins de 0,1 % du stock déjà dans le sol

Le 3 juin, les députés ont adopté en première lecture un texte qui vise à abaisser les seuils réglementaires de teneur en cadmium admise dans les engrais phosphatés. Cette mesure n’aurait que peu d’impact à court terme. « L’apport par ces engrais représente annuellement moins de 0,1 % du stock de cadmium déjà dans le sol », explique Thibault Sterckeman, chercheur à l’Inrae et à l’Université de Lorraine.

Une baisse continue des apports de phosphore depuis 30 ans

D’après Arvalis, l’étude des données collectées depuis 1994 dans les enquêtes de pratiques culturales indique que les surfaces de blé tendre n’ayant reçu aucun apport phosphaté dans l’année ont progressé de 33 %. Et sur les parcelles recevant un apport d’engrais minéral dans l’année, la dose a été réduite de 35 %. La tendance est la même sur blé dur. En pomme de terre, culture exigeante en phosphore, la baisse est moins marquée : la proportion de parcelles ne recevant aucun apport est stable autour de 30 %, mais la dose apportée sur les parcelles recevant un apport a légèrement diminué (- 5 %). Ces évolutions de pratiques s’observent dans les achats d’engrais : en France, les livraisons d’engrais phosphatés ont reculé de 67 % en 25 ans, selon France Fertilisants.

Quelles solutions pour limiter l’accumulation de cadmium dans les récoltes ?

Vers des variétés moins accumulatrices de cadmium

La filière céréales travaille depuis plusieurs années sur cette question, notamment sur l’utilisation de variétés moins accumulatrices de cadmium. Les travaux les plus avancés dans ce domaine concernent le blé dur. « Grâce à la recherche, la majorité de la sole française de blé dur est désormais cultivée avec des variétés porteuses de l’allèle cdu-1 qui leur confèrent le caractère peu accumulateur de cadmium », précise Arvalis. Des travaux sont en cours pour adopter la même approche sur blé tendre. En pomme de terre, les recherches restent à conduire.

Maintenir le pH du sol proche de la neutralité

À l’échelle des agriculteurs, quelques leviers agronomiques peuvent être mobilisés. Arvalis préconise de maintenir un pH du sol proche de la neutralité « pour limiter la biodisponibilité du cadmium du sol » (fractionnement des apports pour limiter la baisse du pH). L’institut conseille aussi « d’augmenter et maintenir un niveau élevé de matière organique car elle peut séquestrer le cadmium et réduire son absorption par les cultures ». Enfin, il est conseillé « d’assurer une nutrition en oligo-éléments équilibrée, notamment en zinc, pour bénéficier des effets d’antagonistes vis-à-vis de l’absorption du cadmium ».

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