"Plus il y aura de déclarations, plus on arrivera à prouver qu'il y a des dégâts sur le terrain"
Nathan Lamat, responsable chasse au sein des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire, s'alarme de la récurrence et du volume conséquent des dégâts causés par le gibier, en particulier par les sangliers et les cervidés.
Nathan Lamat, responsable chasse au sein des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire, s'alarme de la récurrence et du volume conséquent des dégâts causés par le gibier, en particulier par les sangliers et les cervidés.
En cette fin d'été, peut-on faire un point de situation sur les dégâts de gibiers qui surviennent en Haute-Loire ?
Nathan Lamat : Globalement sur l'ensemble du département, on constate que les dégâts sont trop importants et récurrents ces dernières années, en raison de l'augmentation des populations de sangliers et de cervidés. La grande majorité des dégâts est constatée sur les cultures de maïs et dans les prairies. Cet été, c'est surtout le maïs qui a été impacté et désormais, avec le retour de la pluie et l'implantation des semis, c'est au tour des prairies... La pression du gibier s'exerce sur l'ensemble du département mais il existe une grosse problématique concernant le sanglier sur le secteur de Retournac et de Beauzac. Sur cette zone, nos adhérents témoignent de la présence de troupeaux de 40 à 50 sangliers ; ce n'est pas tolérable ! En tant qu'agriculteurs, nous réclamons un allongement de la période de chasse (en avançant la date d’ouverture) ; nous demandons une régulation de ces populations car certes, chaque année, il y a des prélèvements, mais ces derniers sont largement insuffisants. C'est pourquoi, sur ces secteurs "points noirs", nous réclamons auprès de l'administration l'intervention des lieutenants de louvèterie sous la forme de battues administratives ou de tirs de nuit.
Quant aux cervidés, les dégâts, sur prairie et maïs, sont toujours bien présents ; la population s'étend et gagne chaque année du terrain. Pour la campagne 2026-2027, le nombre de bracelets délivrés par la FDC (Fédération Départementale des Chasseurs) est en augmentation, c'est encourageant mais il faut absolument maintenir ce cap, afin d'avoir un impact suffisant sur la population.
L'administration répond-elle à vos demandes ?
Nathan Lamat : oui mais l'impact de ses actions sur les populations de sangliers reste malheureusement insuffisant. Le monde agricole a toujours toléré qu'il puisse y avoir des dégâts, mais à condition qu'ils restent à la marge. Or aujourd'hui, les dégâts sont bien trop présents dans notre quotidien. Nous réclamons une véritable régulation des populations de gibiers.
Une fois concernés par des dégâts, les agriculteurs sont invités à les déclarer auprès de la fédération départementale des chasseurs...
Nathan Lamat : Il est certain que le volume de déclarations effectuées par les agriculteurs ne reflète pas le nombre réel de dégâts constatés. Pour eux, cela représente du travail administratif supplémentaire sans résultats visibles. Or, la déclaration des dégâts est primordiale et ce pour deux raisons : en premier lieu, elle donne lieu à une indemnité qui permet de prendre en charge une partie des coûts pour resemer ou remettre en état le terrain. En second lieu, cela permet d'attester auprès de l'administration qu'il y a bien un volume de dégâts dans notre département. C'est pourquoi il faut vraiment faire l'effort de les déclarer !
Et que répondez-vous à ceux qui pointent du doigt l'insuffisance de l'indemnisation ?
Nathan Lamat : Oui c'est sûr qu'elle est insuffisante, d'autant que nos charges ont augmenté ainsi que les coûts des semences. Mais c'est tout de même toujours bon à prendre. D'autre part, on préfèrerait qu'il y ait moins de dégâts plutôt que de percevoir une indemnité !
Dans ce contexte, encouragez-vous les agriculteurs ou agricultrices à passer leurs permis de chasser ?
Nathan Lamat : Oui au sein de JA, nous incitons nos adhérents à passer leur permis et chaque année on propose des sessions spécifiques pour eux. On s'aperçoit qu'il y a de moins en moins d'agriculteurs dans les ACCA, or leur présence est importante dans ces structures ; cela permet notamment de maintenir la pression de chasse et d'inciter davantage les ACCA à intervenir en cas de dégâts. C'est aussi un bon moyen de renouer le dialogue entre agriculteurs et chasseurs, en particulier sur les secteurs ou cela reste tendu.
Le manque de temps est souvent la raison invoqué par les agriculteurs pour ne pas passer leur permis. Que leur répondez-vous ?
Nathan Lamat : Sans aller à la chasse tous les jours en saison, détenir son permis de chasser permet de montrer que les agriculteurs gardent un œil sur la chasse et ne lâchent pas la pression.
Et le blaireau ?
La justice a suspendu l'arrêté préfectoral du 11 juin 2026, autorisant la période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau en Haute-Loire. Une mauvaise nouvelle pour la profession agricole.
Selon Nathan Lamat, ce mammifère nocturne, qui creuse le sol pour se nourrir, occasionne non seulement des dégâts sur cultures mais il fait aussi courir de gros risques sanitaires aux animaux d'élevage. Le blaireau est un vecteur de maladies telles que la Tuberculose bovine, maladie très redoutée « car une contamination de ce genre via un blaireau aboutit à l'abattage total du troupeau ». En réduisant ainsi la période de chasse, on rend encore plus compliqué la gestion des populations de blaireaux. De notre côté (JA-FDSEA), nous ne lâcherons pas la pression pour que la chasse au blaireau soit maintenue.