"Combien de temps encore allons-nous entretenir les causes du problème tout en déplorant ses conséquences ?"
Lettre ouverte du Syndicat des Exploitants Agricoles de Lavoûte-Chilhac
Lettre ouverte du Syndicat des Exploitants Agricoles de Lavoûte-Chilhac
Feux de forêt et contradictions du monde rural
Alors que notre territoire vient une nouvelle fois d'être confronté à des incendies d'une ampleur inquiétante, le Syndicat des Exploitants Agricoles de Lavoûte-Chilhac souhaite interpeller les responsables publics, les administrations et l'ensemble des concitoyens sur les contradictions qui frappent aujourd'hui le monde rural.
« Depuis des années, les agriculteurs alertent : un territoire entretenu est un territoire protégé. Pourtant, dans le même temps, les réglementations, contraintes administratives et décisions politiques s'accumulent et rendent toujours plus difficile l'entretien de nos campagnes.
Les limitations de débroussaillement, les contraintes Natura 2000, la multiplication des procédures administratives, les dates de fauche imposées parfois bien au-delà du raisonnable sur certains bords de routes ou espaces naturels contribuent à laisser se développer broussailles, ronciers et végétation combustible. Ces mesures sont souvent présentées comme favorables à l’environnement. Pourtant, lorsque les prairies disparaissent au profit d’espaces fermés et embroussaillés, le risque d'incendie augmente considérablement.
Contradiction flagrante
La contradiction est encore plus flagrante lorsque l'on observe l'évolution de l’élevage dans nos territoires. Le développement continu de la prédation du loup décourage de nombreux éleveurs. Chaque exploitation qui disparaît, chaque troupeau qui cesse son activité, ce sont des hectares de prairies qui ne sont plus entretenus, des espaces qui se ferment progressivement et deviennent autant de réserves de combustible en cas d’incendie.
À cela s'ajoute une politique économique qui pousse toujours davantage à la recherche du prix le plus bas. Derrière chaque produit importé choisi uniquement parce qu'il coûte quelques centimes de moins, ce sont des exploitations françaises qui disparaissent.
L’actualité récente démontre pourtant le rôle indispensable des agriculteurs. À Villeneuve-d'Allier, lors des récents incendies, de nombreux exploitants se sont mobilisés aux côtés des sapeurs-pompiers pour protéger les habitations, les biens et les personnes. Avec leurs tracteurs, leurs tonnes à eau, leur connaissance du terrain et leur réactivité, ils ont apporté un soutien précieux aux services de secours.
Les agriculteurs ont répondu présents spontanément, en nombre, sans consigne particulière, par simple civisme et par attachement à leur territoire. Ils ont mis à disposition leur matériel, leur temps, leur carburant et leur savoir-faire sans demander la moindre contrepartie.
Parmi les exemples les plus concrets de cette contradiction permanente, il convient également de citer la question du stockage de l'eau. Certaines retenues collinaires, qualifiées à tort de « méga-bassines » par leurs détracteurs, ont pourtant démontré toute leur utilité lors des récents incendies. Dans notre département, ces réserves ont constitué des points d'approvisionnement précieux pour les moyens de lutte contre le feu.
Cette réalité devrait nous conduire à davantage de pragmatisme. L’eau stockée en hiver ne sert pas uniquement à sécuriser les productions agricoles et à garantir l’autonomie fourragère des élevages ; elle participe également à la protection des populations, des habitations, des infrastructures et des espaces naturels lorsque surviennent des catastrophes comme les incendies.
Protection des populations et de l'intérêt général
Certains s'émeuvent lorsqu'un tracteur s'approche d'une berge ou recule dans l’Allier pour remplir une tonne à eau, alors même que le feu menace des villages entiers. Pourtant, l’objectif est simple : renforcer les moyens des sapeurs-pompiers afin de protéger les habitations, les exploitations agricoles et les personnes.
La question mérite d'être posée : faut-il préserver à tout prix un point de prélèvement d'eau au risque de laisser brûler un territoire, ou faire preuve de pragmatisme lorsque l’urgence impose d'agir ?
Les agriculteurs ont choisi leur camp : celui de la protection des populations et de l’intérêt général.
La question de la biodiversité mérite également d'être posée sans idéologie. Depuis des années, on justifie de nombreuses contraintes au nom de sa préservation. Pourtant, les coteaux ouverts des gorges de l'Allier, entretenus par l’agriculture et le pâturage, constituent des milieux riches accueillant une faune et une flore remarquables. Lorsque ces espaces se ferment sous l'effet de l’abandon et de l’embroussaillement, une partie de cette biodiversité régresse.
Le constat est simple : sans agriculteurs, il n'y aura plus d’entretien des paysages, plus de coupures naturelles contre le feu, plus de pâturage, plus de surveillance quotidienne du territoire. Les incendies d'aujourd'hui risquent alors de devenir les mégafeux de demain.
Soutenons nos agriculteurs !
Il est temps de redonner aux agriculteurs les moyens de travailler, d’entretenir les espaces ruraux et de vivre dignement de leur métier. Il est temps d'arrêter les contraintes absurdes qui découragent les vocations et empêchent les jeunes de s'installer.
Il est temps de reconnaître que l’agriculture est une alliée de l'environnement lorsqu'elle est vivante, présente et rémunérée à sa juste valeur.
Il est temps, enfin, que chacun prenne sa part de responsabilité en privilégiant les produits français et locaux.
Pour des campagnes vivantes, protégées et entretenues, soutenons nos agriculteurs. Mangeons français. Soutenons nos éleveurs. Préservons nos territoires. »
Syndicat des Exploitants Agricoles de Lavoûte-Chilhac